Un regard environnemental après la signature de l’accord de paix en Colombie : défis et opportunités

 

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« Dans la construction institutionnelle du post-conflit, il n’y a pas de transformation du modèle de développement et il n’y a pas de transformation des conditions qui ont rendu la guerre possible. (…) La nature (…) n’a pas seulement été le théâtre, elle a aussi été le butin de la guerre [en Colombie]. (…) [La guerre s’est faite] pour le contrôle de la terre,  pour le contrôle des ressources. »

Tatiana Rodríguez de Censat Agua Viva, à Grenoble en octobre 2017.

  

Avec la signature de l’Accord de paix, le dépôt des armes et l’abandon des territoires par les FARC, de nouveaux défis se posent notamment en termes de contrôle et de préservation des ressources naturelles. D’un côté les territoires récupérés par l’Etat sont soumis à une politique de croissance nationale qui promeut le développement des grandes industries et des investissements étrangers accordant la priorité aux activités extractives, à l’expansion agro-industrielle et à la construction d’infrastructures routières. Par ailleurs, d’autres groupes armés illégaux ont pris le contrôle de territoires isolés sans présence efficace de l’Etat afin d’exploiter les ressources naturelles (minéraux, coca, bois). Les conséquences négatives sur  l’environnement et le développement durable s’accentuent : en 2016, la déforestation a augmenté de 44 % par rapport à 2015[1].

Un autre grand défi concerne les personnes et communautés qui tentent de protéger l’environnement. Selon le rapport présenté par Global Witness en 2015, la Colombie est le troisième pays le plus dangereux pour ceux et celles qui s’engagent pour la défense des droits environnementaux. Ainsi, la présence des communautés sur les zones auparavant sous le contrôle des FARC est mise en péril par l’exploitation abusive de leurs territoires par les entreprises extractives qui entretiennent des liens troubles avec les acteurs armés.

En dépit d’un panorama assez contrasté, la Colombie dispose néanmoins d’outils novateurs dans le cadre de l’accord de paix qui lentement, commencent à être mis en œuvre : le premier pilier de l’Accord promeut une “réforme rurale intégrale” qui vise à transformer en profondeur les campagnes en s’attaquant notamment à l’injuste répartition des terres, l’une des causes principales du conflit armé. Plusieurs politiques publiques nationales concernent la réactivation de la production dans les zones rurales, la substitution des cultures illicites et la participation citoyenne dans la construction des politiques locales et de paix (en priorité dans les zones touchées par le conflit grâce aux Plans de Développement avec un Focus Territorial – PDET), dans une perspective de durabilité sociale et environnementale.

L’enjeu est de (re)construire un nouveau rapport au territoire : « Le renforcement des territoires implique une récupération de l’autonomie et de la capacité de dire ce que nous voulons, ce que nous savons faire, ce que nous voulons apprendre à faire, avec qui nous nous allions concrètement. Voilà le travail que nous faisons, de rechercher les éléments germinatifs de nouvelles territorialités. »

Maria Teresa Findji de la Fondation Colombia Nuestra à Grenoble en octobre 2017.

 

Par ailleurs, l’Accord de paix a permis de renforcer la société civile colombienne en mettant fin au climat de peur. On constate un sursaut citoyen, notamment chez les jeunes qui n’hésitent plus à manifester et à se mobiliser pour défendre leurs droits et leur territoire. Des consultations populaires sur l’utilisation du sous-sol ont ainsi été organisées dans plusieurs régions pour s’opposer aux activités minières: ce mécanisme de participation avait été introduit par la Constitution de 1991 mais n’avait encore jamais été utilisé. Son pouvoir contraignant permet d’envisager une nouvelle approche du développement rural et de freiner l’expansion d’un extractivisme destructeur.

Ce moment historique offre ainsi des opportunités sociales et politiques inédites pour repenser une Colombie durable. Il est crucial d’écouter toutes les voix venues des territoires, de réellement mettre en œuvre une politique participative en prenant en compte l’environnement comme facteur social et élément de développement intégral.

 

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